Les combats du 30 décembre 1914.


Voici ce qu’a écrit Edouard DELECOURT : 

« Nous sommes en Argonne, dans le bois de la Gruerie au lieu-dit de la Harazée.

Nos cuisiniers nous apportent à manger à 6h30, les balles sifflent sans cesse et après avoir pris le café, nous nous mettons à nettoyer les abords de nos casemates où il y a au moins 20cm de boue.
A 12h45, nous avons alerte puis on nous fait faire demi-tour. Nouvelle alerte à 15h et nous allons vers les premières lignes où se trouve le 2e bataillon et le 72e RI.

Les boches ont fait sauter une tranchée provocant la débandade dans la 8e compagnie et le 72e.

La 11e compagnie part puis nous autres de la 12e.

Nous avançons sous les balles et gagnons les abris de la 9e compagnie ; on nous fait mettre en lignes de section par quatre puis on attend le signal pour partir reprendre trois tranchées.

Après une heure d’attente, il fait un beau clair de lune, on nous fait traverser les défenses de fils de fer et on s’abrite dans une tranchée pleine d’eau.

Tout à coup le capitaine de la 11e, un froussard, se sauve pris de panique de la première ligne avec toute sa section en criant : la 12e, renforcez-nous !

Les voir si épouvantés provoque un commencement de panique vite réprimé par notre lieutenant qui fait repartir le capitaine et sa section à son poste.

A 20h, le commandant charge le 1er peloton de la 12e de renforcer la première ligne.

Il nous dit en partant : courage mes enfants, un peu d’audace et ce sera fini.

J’ai invoqué la protection de la Sainte Vierge et Saint Christophe et nous voilà partis.

On avance dans le bois, en tirailleurs, baïonnette au canon, au milieu d’une pluie de balles, des camarades tombent, nous nous aplatissons et mettons notre sac sur notre tête pour nous protéger.

Les boches à 15m de nous commencent à nous jeter des bombes. Quel moment effroyable j’ai passé là !

Je ne pensais plus en sortir car une bombe est retombée près de moi, j’ai senti la flamme sans avec reçu une égratignure.

Je suis toujours mon lieutenant, il nous fait faire des bonds en se rapprochant de l’ennemi puis il nous fait faire des tranchées et passons la nuit la plus terrible depuis le début de la guerre ».


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Edouard DELECOURT.